Garder le contrôle.
Lecture de Matthieu 20 v 17-34:
Nous avons vu la semaine dernière avec Luc, la parabole du vigneron et des ouvriers. A la fin de la journée, chaque ouvrier qui avait choisi de suivre le patron avait reçu le même salaire soit une pièce d’argent et cela, quelques soit le moment de la journée où ils ont commencé le travail. Dans notre vie aujourd’hui, comme l’a dit Luc, nous pouvons suivre le Maître pour travailler à son œuvre et que nous soyons à l’aube de nos jours ou au crépuscule, nous aurons tous la même récompense, le même don de Dieu, le pardon de nos péchés et la vie éternelle. Dans notre lecture, voilà trois ans que les disciples accompagnent Jésus partout où il va, qu’ils écoutent chacune de ses paroles, qu’ils assistent aux miracles et à la gloire du fils de Dieu.
Voilà trois ans que Jésus partage ses enseignements mais aussi sa vie de tous les jours, trois ans que les amitiés se lient au-delà du respect et de l’admiration.
Au verset 17, nous découvrons Jésus qui prend les douze à part pour leur dire par quelle souffrance il devra passer. Les moqueries, les fouets, les clous sur la croix et la mort.
Jésus à la fois totalement Dieu et totalement Homme sait précisément ce qu’il devra endurer. Vous savez combien l’angoisse peut saisir notre cœur quand nous savons qu’un moment difficile va passer. Vous savez le stress que l’on peut ressentir pour des situations de tous les jours et d’autant plus lorsque nous sommes jugés.
Un exemple : vous passez un examen et alors que vous connaissez le sujet par cœur vous stressez et vous perdez vos moyens.
Autre exemple : Et pour cela, je vais prendre une situation que j’ai vécu il y a quelques années. Comme vous le savez, nous étions à Mayotte pendant 4 ans et à notre retour en métropole nous sommes d’abord arrivés à Paris où nous avons acheté une voiture d’occasion. Nous sommes ensuite allés à Angers pour le mariage de ma belle-sœur où nous sommes restés une semaine. Depuis Angers, je suis venu seul à Limoges pour la journée pour visiter des maisons où nous pourrions nous installer. En fin d’après-midi, après quelques visites, je retourne donc vers Angers par l’autoroute et à la sortie d’autoroute, je me fait arrêté par les douanes qui me mènent à l’écart sur un parking.
Me voilà donc avec 4 douaniers qui auscultent la voiture récemment achetée pendant qu’un autre douanier me bombarde de questions : D’où je viens ? Où je vais ? Par où je suis passé ? Qu’est-ce que je fais dans la vie ? Et ma femme ? D’où vient la voiture ? A qui je l’ai acheté ?… 15mn à tout raconter en détails. Et pendant ce temps, je vois les douaniers qui observent chaque recoin de la voiture avec leur lampe de poche. Ils vont jusqu’à démonter le soufflet du levier de vitesse ou regarder à travers les espaces de l’habitacle et tandis que le douanier continue de m’harceler de questions, d’autres questions viennent en tête. La voiture que j’ai depuis une semaine avait-elle été volée ? Avait-elle été connue pour transporter de la drogue ? Et s’il y en avait dedans, passerai-je par la case prison ? Le film se monte vite dans ma tête.
Finalement, après 15mn d’interrogatoire et de fouille de la voiture, rien n’était suspect et ils m’ont laissé repartir avec une voiture «clean».
Voilà un exemple d’angoisse.
Et ceci n’est rien face à l’angoisse que Jésus devait avoir face à la mort qu’il anticipe depuis des semaines ? On ne parle pas de 15 minutes comme je l’ai vécu. Et bien ces exemples ne sont pas bons.
Pourquoi ?
Parce que Jésus, bien qu’innocent a pris nos fautes sur lui, pour payer à notre place. Il n’avait rien à se reprocher mais il s’est fait juger à notre place.
C’est comme si revenant à notre exemple avec la douane, nous nous retrouvions au volant d’une voiture et que contrôlé par les douanes nous savions qu’il y avait de la drogue dans la voiture. Bien qu’innocent, nous saurions que la voiture comporte de quoi nous inculper et nous espérerions de tout notre cœur pouvoir passer au travers tout en sachant qu’ils trouveraient quelque chose.
De la même manière, Jésus savait l’issue qui l’attendait et il aurait souhaité pouvoir faire autrement mais il a mis en priorité la volonté de Dieu son Père pour nous sauver tous.
Il est difficile d’imaginer la terreur qui a dû envahir son cœur pendant les dernières semaines de sa vie. Cette marche vers Jérusalem est lourde de pressentiments. Jésus essaie de dire à ses douze apôtres les craintes qui remplissent son âme : il va être trahi par ses amis, livré à ses ennemis, il va entendre la lecture de sa condamnation à mort, il va souffrir l’injustice, les moqueries, l’humiliation, les insultes, il va subir la torture du fouet et finalement endurer une mort horrible sur la croix.
A plusieurs reprises, Il partage son angoisse avec ses amis mais ils ne comprennent pas.
Les apôtres étaient dans le déni total de la perspective de Jésus souffrant et mourant. Ils avaient passé les dernières années avec lui. Ils avaient dormi dans la rue, ils avaient eu faim, ils avaient été condamnés et mis à l’écart, même par leur propre famille. Pas étonnant qu’ils ne veulent pas entendre qu’après tout cela, Jésus allait souffrir une mort honteuse et la mère de Jacques et Jean ne voulait pas l’entendre non plus.
Tous restent focalisés sur la gloire à venir et sur le fait qu’ils y auront une part.
Nous sommes très choqués de sa demande, mais elle est très humaine.
Jésus n’a pas condamné son ou ses fils, pour avoir demandé des places d’honneur dans son royaume. Il a lui-même dit au verset 28 du chapitre 19, que les apôtres auraient 12 trônes dans le ciel pour gouverner sur les tribus d’Israël.
Il a compris. C’est le genre de personne qu’il est.
Lorsqu’il demande au verset 22: Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire? Jacques et Jean répondent «Oui, nous le pouvons» et Jésus leur répond «Vous boirez en effet ma coupe» mais Jésus parle de la coupe du jugement et Jacques et Jean boirons effectivement la coupe du jugement: Jacques mourra en martyr et Jean exilé à Patmos.(Apocalypse 1v9)
Sur l’incident, Jésus réunit à nouveau les apôtres et leur énonce une leçon pour tout le monde, la leçon du service plein d’abnégation.
Verset 28 : » Ainsi, le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. «
Contemplez plutôt votre maître, Fils de Dieu, fait homme pour servir les hommes, humble parmi les humbles, pauvre parmi les pauvres, dont la joie est de faire la volonté de son Père, de nous le faire connaître, de nous appeler tous à son amour et à sa miséricorde.
Jésus répète encore et encore les mêmes leçons pour que les disciples les intègrent, pour que NOUS les intégrions. A la fin du chapitre 19, nous avons lu que beaucoup parmi les derniers seront les premiers et que beaucoup qui sont parmi les premiers seront les derniers. Et malgré cela, la mère de Jacques et de Jean demande une place de choix pour ses fils. Vous me direz peut-être: oui mais elle demande une place de choix au ciel, pas sur la terre.
Quoiqu’il en soit ; Si quelqu’un veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur, si quelqu’un veut être le premier parmi vous, qu’il soit votre esclave.
Par cette phrase, Jésus ne condamne pas la volonté d’avoir une place de choix dans le ciel, Il nous donne la « recette ». Et au-delà de la recette, Il nous montre l’exemple, l’exemple parfait.
Comme je l’ai dit, Jésus, Fils de Dieu s’est fait homme pour servir les hommes et donner sa vie en rançon. Jésus déteste toute forme de domination dans l’homme. Nous pouvons voir comment les églises chrétiennes tombent dans les pièges de la domination comme le monde qui nous entoure. Mais est-ce que je domine quelqu’un? Même dans une discussion? Est-ce que je pense même que je suis mieux que quelqu’un d’autre? Ou moins bien?
Si je prends du recul, avec qui dans mon entourage puis-je avoir une relation d’amitié la plus profonde. Est-ce avec quelqu’un que je considère supérieur à moi ou inférieur ? Ou est-ce plutôt avec quelqu’un avec qui je peux parler d’égal à égal ?
Pour beaucoup, il est plus difficile de se lier réellement d’amitié sous un rapport de soumission/domination. Et c’est pour cela, que Jésus s’est fait homme, pour être à notre niveau et partager notre condition.
« Que celui qui veut être grand soit votre serviteur et celui qui veut être le premier soit votre esclave. »
Nous pourrions dire : Que celui qui veut être votre grand ami soit votre serviteur et que celui qui veut être votre meilleur ami soit votre esclave.
Jésus, tel votre esclave est mort pour vous, à votre place.
Est-il votre meilleur ami ?
Pour être ami les uns avec les autres comme Jésus nous l’a montré, nous ne pouvons nous élever tous au même niveau mais nous pouvons nous abaisser tous au même niveau comme Jésus s’est abaissé.
Jésus a dit : « Laissez venir à moi les petits enfants car le royaume des cieux est à ceux qui leur ressemblent »
Comment leur ressembler ? Quels sont leurs qualités ? Ils sont innocents, confiants, joyeux, en paix, pleins d’amour, crédules, entiers, sincères,…
Nous voilà donc au service les uns des autres et c’est ce qui fait notre différence en tant que chrétiens.
Pour Jésus-Christ, nous vivons pour servir et Dieu nous donne la vie tandis que pour le monde ne pas servir signifie vivre, vivre pour soi (mais pour combien de temps?)
Rédacteur: S. Weber